L’appel

Nous voilà, fin de saison 2006, Tonton est Champion d’Europe avec trois 2ème place et deux 3ème place. Je pense que cette année-là marque vraiment mon entrée en tant que joueur pro reconnu. Je jouais attaquant dorito avec pour arrière Franky et j’arrivais enfin à réunir tous les ingrédients qui font un grand joueur. Et apparement, cela s’était vu outre-Atlantique…

Peu de temps après le dernier tournoi à Londres, je reçois un appel d’un certain Fabrice Poujade, grande figure du business en France. Il était le représentant commercial France pour la prestigieuse marque Dye. A cette époque, Dye était le précurseur dans bien des domaines notamment sur la technologie et l’équipement. 

Il me dit « bon…. j’ai reçu un appel de Californie à ton sujet… » 

Moi, surpris… « ah bon, à propos de quoi ?? » 

Il me dit « écoute, Oliver Lang vient de m’appeler et il souhaiterait te voir en Californie pour faire un essai. » 

Un blanc se passe… je n’arrive pas à réaliser que le plus grand joueur du monde fraichement arrivé chez Ironmen souhaite me tester pour renforcer ses rangs. 

Il faut savoir qu’Ollie Lang venait de se faire débaucher de chez Dynasty pour la modique somme de 100 000$. Qui aurait pu mettre un tel montant pour un transfert de joueur ?? Dave Youngblood, boss de Dye, l’a fait pour se payer la star interplanétaire du Paintball. 

Poujade sentait bien qu’il avait une opportunité de faire d’une pierre deux coups et il n’hésita pas à me mettre la pression pour lui donner une réponse rapidement.

Tout heureux de cette proposition, je m’empresse d’appeler Frank Mouren pour lui annoncer la nouvelle. 

Je le sens heureux et fier pour moi, mais à la fois préoccupé. Il me dit : « écoute ne donne pas encore de réponse, laisse moi 24/48 heures. »  Il m’explique ce que je n’avais pas imaginé, mais que lui avait directement compris. 

A l’époque, Tonton jouait en Smart Parts de la tête au pieds. Considéré comme une quasi factory team Européenne. Malheureusement, Ironmen était LA factory team Dye Américaine. Si je réussi ce try out, j’intègre non seulement la Team Ironmen aux US, mais avec l’incompatibilité des sponsors, je devrais quitter Tonton et certainement rejoindre la factory Team Dye Europe, Nexus. 

Alors, voilà le plan !! Un plan plutôt bien ficelé qui ne m’a pas sauté aux yeux au premier abord, mais pour Frank, il semblait être une évidence. 

Ne voulant pas me perdre, Frank décida d’appeler Adam Gardner, Patron de Smart Parts et gérant de l’équipe All American (Philly). Il lui explique la situation et lui demande s’il veut pas me faire passer un test. Réussi ou pas, au moins il aura tout fait pour me conserver chez Tonton. 

Adam Gardner me sollicite donc pour faire une détection dans leur salle en Pennsylvanie. C’était deux semaines avant la World Cup 2006. Je me retrouve donc au milieu d’un groupe composé exclusivement d’Américains, certains plus ou moins connus, pour tout donner et intégrer ce squad de rêve avec des joueurs tels que Tim Montressor, Ryan Moorhead, Gant McLellan, Todd Hugo, Spesh Robinson, Pat Roberts, Craig Daugherty et bien d’autres!! 

Nous étions facilement une vingtaine de prétendants venus des 4 coins de l’Amérique et de France 🙂 

C’est d’ailleurs la-bas que j’ai rencontré pour la première fois Chad George, qui devait avoir à peine 16ans, sans muscles…mais déjà une petite boule de nerf dans le snake. 

Le jury était composé de Jason Trosen (head coach) et deux autres dont je ne me souviens plus les noms. Ils avaient chacun leur carnet où ils notaient différents skills tels que la vitesse de course, le gun fight, la survie, l’agressivité et l’état d’esprit. 

Les coachs forment des mix squads avec un planning pré-établi pour l’enchainement des points. 

Des employés de la salle sont là pour approvisionner constamment en bille et faire les pods. Des glacières pleines d’eau, de boissons de récupération, barres de céréales et fruits sont mis à disposition.

Du personnel destiné à l’intendance nous avait concocté plusieurs plats pour la pause repas notamment des blancs de poulet, des légumes et des boissons à volonté. 

L’organisation était impressionnante, moi qui sortais d’un champs en friche, me retrouver dans un hangar avec un turf parfait, des obstacles brillants tellement ils étaient propres, du personnel aux petits soins et des stars du paintball. Vous imaginez le choc?  

De la poudre aux yeux qu’il me fallait mettre de côté pour ne pas devenir un simple spectateur, mais bel et bien un acteur de ce week end !

Il faut savoir qu’à l’époque mon anglais était quasi inexistant…incapable de tenir une conversation. Pour paraître sympa, j’étais obligé de faire semblant de rire aux blagues incomprises bien évidemment… vous voyez ce que je veux dire pour certains ?? 😉

Je n’avais donc qu’une seule solution pour m’exprimer et tendre les bras vers cette opportunité, mon efficacité sur le terrain. 

Frank avant de partir m’avait dit « Tava, tu ne dois pas être bon, ou aussi bon que les autres. Tu dois être meilleur, car si tu es aussi bon qu’un Américain, ils le choisiront toujours en priorité. » 

Pas le choix, il faut que je donne tout et que je fasse l’autiste. En l’espace d’un week end, il faut que je puisse montrer l’éventail de mon potentiel et la plus value que je pourrais leur apporter. 

Début du try-out, samedi matin. Le ton est donné immédiatement. Le discours par les coachs est percutant, précis, voir même agressif. Je sens leur détermination à trouver un profil qui en a dans le ventre. 

Les coachs me font jouer tous les postes. Je peux aussi bien faire un corner dorito, puis le point d’après un snake au break, puis un dorito fifty avec une course dans l’axe puis virage à 90, ou alors un simple back center. Je ne montre aucune fébrilité ni hésitation lors des consignes. Je montre ma détermination à y arriver, peu importe mon poste de prédilection. Je me retrouve principalement à l’attaque avec beaucoup de courses au break et très souvent dans les doritos. 

Je suis dans des conditions idéales, mon excitation, ma motivation et ma confiance sont au max. Tous les curseurs sont au vert, j’enchaîne les points et les gun fights. Je gagne quasiment tous mes duels et je m’impose naturellement dans les voiles. Je répète, point après point, D1, gun fight, D2, gun fight, D3, D4….Je shoot les gars en face de moi, je rentre les antis et j’agresse avec arrogance. Fin de première journée réussie, je sens avoir pris le lead dans les voiles et peser sur le mental de mes adversaires. 

Dimanche matin, début des hostilités à 8h30 ! Direct le coach me demande au premier point de faire une charge dans le camp adverse tout droit en passant sous le X central. Je comprends qu’ils veulent tester mon mental et mon abnégation pour la gagne. Sans grimacer, je fonce déterminé comme jamais. Je passe sous le X et me fais repeindre directement à ma sortie du X par quasi toute l’équipe. Sur ce layout, ce type de mouvement n’aurait pas pu fonctionner. Nous n’étions pas là pour travailler la tactique, mais pour tester les profils. Je ressors de là avec peut être 40 impacts. J’ai mal et je ne le montre pas. Ils essaient de me casser mentalement, mais je tiens bon. La journée fût longue et malgré les tentatives pour me sortir de ma routine dans les doritos, je reste toujours efficace à chaque fois que j’y remets les pieds.

Fin d’un week end inimaginable, je n’avais jamais vécu le paintball aussi intensément. L’enchaînement des points, la vivacité sur le terrain et la grinta de chacun des joueurs était au de-là de ce que j’avais pu imaginer. Les coachs nous remercient pour notre venue et nous communiqueront leur choix dans la semaine qui suit. 

 Il m’aura fallu plusieurs jours pour me remettre physiquement d’un tel week-end et digérer ce que je venais de vivre. 

Les résultats tombent en milieu de semaine. Adam Gardner, lui même vient m’annoncer la nouvelle, car je restais sur place jusqu’à la World Cup. All American veut de moi dans son équipe et ce à effet immédiat. Ils ne veulent pas attendre la saison 2007, ils comptent sur moi pour la World Cup. 

Ennuyé, car je m’étais engagé avec Tonton pour jouer la World Cup, je laisse Franck et Adam Gardner négocier ensemble pour que tout le monde soit content dans ce trade. Finalement, je jouerais la World Cup avec Philly et en échange Adam enverrai Tim Montressor et Ryan Moorhead toute la saison 2007 avec Tonton en Europe à ses frais. Frank réalise le trade parfait, non seulement je vais jouer aux US toute la saison 2007 avec All American en étant rémunéré, mais Tonton se verra renforcer sans aucun frais supplémentaire.

Mon avenir aurait pu être tout autre auprès d’un phénomène tel qu’Oliver, mais la raison du coeur a primé avant tout. Tonton, c’est mon équipe, ma religion, ma came. Mes coéquipiers sont mes amis et tout Ollie qu’il soit, mes origines ont eu raison de ma décision.

Ce simple coup de fil aura propulsé ma carrière vers des jours de plus en plus excitants et imprévisibles !! 

Si je peux vous donner un conseil, ne soyez pas dans la retenue et donnez tout pour accéder à vos rêves. 

Les seules limites sont celles que vous vous fixez.